Newsletter Orkyn' | Novembre 2025

Rhinosinusite chronique chez des adultes atteints de déficits immunitaires primaires

Par Dr Nizar Mahlaoui

Chronic rhinosinusitis in 292 adults with primary antibody deficiencies. 

Uma Rao, Meghan Dutt, Sudhir Gupta, Yesim Yilmaz Demirdag. 
J Allergy Clin Immunol Pract. 2025 Sep 3:S2213-2198(25)00824-4. doi: 10.1016/j.jaip.2025.08.023. Online ahead of print. PMID: 40912613.

Chez les adultes atteints d’un déficit primaire en anticorps, les infections respiratoires chroniques font souvent partie du quotidien. Parmi elles, la rhinosinusite chronique (RSC) occupe une place centrale, tant par sa fréquence que par sa résistance aux traitements.
Chez les patients présentant un déficit primaire en anticorps (Primary Antibody Deficiency, PAD), la RSC constitue une complication fréquente (3 fois plus fréquente qu’en population générale) et cliniquement significative. Cette étude, conduite sur une cohorte de 292 adultes (âge moyen : 62 ans), vise à caractériser les particularités cliniques, radiologiques et thérapeutiques de la RSC (tous diagnostiqués par des spécialistes ORL selon les critères établis) dans ce contexte immunologique particulier.

Les résultats montrent que la RSC est hautement prévalente dans cette population (36 %, essentiellement chez les patients atteints de DICV et de SPAD, notamment ceux ayant une dilatation des bronches), se manifestant par des symptômes persistants tels que l’obstruction nasale, les sécrétions muco-purulentes et les douleurs faciales récurrentes. Une association avec un terrain allergique respiratoire (rhinite et asthme) était plus fréquemment retrouvée.
Les examens d’imagerie mettent en évidence des atteintes sinusiennes souvent diffuses et bilatérales. Les cultures microbiologiques révèlent fréquemment la présence d’agents pathogènes variés, parfois atypiques, reflétant la vulnérabilité accrue de la muqueuse sinusienne à la colonisation bactérienne.

Sur le plan thérapeutique, la prise en charge repose sur une approche combinée incluant des antibiothérapies prolongées ou répétées, l’utilisation régulière de lavages nasaux salins et de corticoïdes topiques, ainsi que, dans certains cas, une intervention chirurgicale endonasale.
Malgré ces mesures, les auteurs soulignent un taux élevé de récidive et une réponse souvent incomplète au traitement, traduisant la persistance d’une inflammation chronique sous-jacente liée au déficit immunitaire. La prise en charge est souvent plus difficile dans ce contexte immunodéprimé, avec des récidives fréquentes et des complications potentielles.

En conclusion, cette étude met en évidence que la RSC, chez les patients atteints de PAD, représente une entité clinique distincte par sa sévérité, sa chronicité et sa résistance thérapeutique.
Une reconnaissance précoce et une prise en charge multidisciplinaire, associant immunologistes et ORL, sont essentielles pour limiter la morbidité et améliorer la qualité de vie de ces patients.
Cette complication sous-estimée exige donc une reconnaissance plus large et plus précoce, une prise en charge personnalisée, patiente et multidisciplinaire. Les auteurs suggèrent la nécessité d’études futures pour déterminer les meilleurs protocoles dans ce groupe à risque élevé.