Apnées du sommeil : les femmes aussi sont concernées !

Longtemps considérée comme une pathologie principalement masculine, l'apnée du sommeil touche pourtant de nombreuses femmes, avec des symptômes souvent atypiques et sous-diagnostiqués.

  • Les femmes sont 2x moins touchées par l'apnée du sommeil que les hommes*

  • En France 1 femme sur 6 souffre de symptômes liés à l'apnée du sommeil*

*D'après les données de la cohorte française CONSTANCES, qui porte sur des adultes de 18 à 69 ans

L'essentiel : Comprendre ce qu’est l’apnée obstructive du sommeil

L’apnée obstructive du sommeil se caractérise par des arrêts involontaires et répétés de la respiration (appelés « apnées ») pendant le sommeil. Parfois, le flux d’air est très diminué mais ne s’arrête pas complètement: c’est une hypopnée. Chaque apnée ou hypopnée dure au moins 10 secondes.

Consulter notre page dédiée à l’apnée obstructive du sommeil

Qu'est-ce que l'IAH ?

L'index d'apnées/hypopnées (IAH) est le nombre d'apnées et d’hypopnées cumulées par heure de sommeil, mesuré lors d’un examen du sommeil. Il permet de poser le diagnostic (au moins 5 apnées ou hypopnées par heure de sommeil) et de déterminer la sévérité de la maladie. 

Pourquoi l'apnée du sommeil est-elle si souvent "invisible" chez la femme ?

Contrairement aux idées reçues, l’apnée du sommeil n’est pas qu'une pathologie masculine. Chez la femme, elle avance souvent masquée derrière des signes que l’on attribue à tort au stress, à la fatigue chronique ou à l’âge.

Les signes qui doivent vous alerter 

Parce que votre physiologie est différente, vos symptômes le sont aussi. Identifiez-vous ces signaux dans votre quotidien ?

☀️ Au réveil et en journée
🌙Durant la nuit

Épuisement persistant : sensation de ne pas avoir dormi, même après une longue nuit.

Insomnies répétées : difficultés à s'endormir ou réveils fréquents sans raison apparente.

Maux de tête matinaux : une lourdeur au réveil qui s'estompe après quelques heures.

Réveils anxieux : sensation de souffle court ou palpitations nocturnes.
Charge mentale & Humeur : irritabilité, difficulté de concentration ou sentiment de déprime. Syndrome des jambes sans repos : besoin impérieux de bouger les membres pour trouver le confort.

Identifier l'apnée demande de regarder au-delà des clichés. Voici comment les signes divergent entre les hommes et les femmes :

Pourquoi les symptômes des femmes sont différents de ceux des hommes ?

L'explication est avant tout biologique. Votre corps possède des mécanismes de protection naturels qui modifient la manière dont l'apnée se manifeste :

Le rôle protecteur de vos hormones :

Les œstrogènes et la progestérone agissent comme des « tonifiants » pour vos voies respiratoires. Pendant le sommeil, vos muscles s'affaissent moins que ceux des hommes, ce qui évite souvent les arrêts respiratoires complets.

Des hypopnées plutôt que des apnées :

C'est la grande différence. Là où l'homme fait des arrêts totaux (apnées), la femme subit plus souvent des hypopnées (une simple diminution du flux d'air). C'est plus discret, mais tout aussi fatiguant pour l'organisme.

Un cerveau plus "alerte" :

Les femmes ont généralement un seuil d'éveil respiratoire plus bas. Cela signifie que votre cerveau détecte plus vite le manque d'oxygène et vous réveille immédiatement. Résultat : vous ne faites pas forcément de longues apnées spectaculaires, mais votre sommeil est haché par des micro-réveils incessants.

La répartition des graisses :

À degré d'apnée égal, les femmes présentent souvent un IMC (Indice de Masse Corporelle) plus élevé ou une distribution des graisses différente (plus concentrée sur le haut du corps), ce qui influence la pression exercée sur les voies aériennes.

En résumé : Votre apnée est souvent plus "subtile" techniquement, mais ses impacts sur votre fatigue et votre santé mentale sont tout aussi réels. C'est pourquoi un diagnostic spécifique est indispensable.

Un diagnostic plus complexe : pourquoi les signaux sont plus subtils

Si l'apnée est plus difficile à détecter chez les femmes, c'est pour des raisons physiologiques précises. Les hormones (œstrogènes et progestérone) protègent la tonicité des voies respiratoires, ce qui modifie la nature des symptômes.

Les particularités féminines lors des tests :

  • Plus d'hypopnées que d'apnées : Au lieu d'arrêts complets de la respiration, les femmes subissez souvent des diminutions de flux (hypopnées).
  • Un sommeil plus fragmenté : Votre seuil d'éveil est plus bas. Votre cerveau "alerte" plus vite, entraînant des micro-réveils fréquents qui épuisent votre organisme sans que vous ne vous en rendiez compte.
  • Un IAH (Index) souvent plus faible : Même avec un score moins élevé que celui d'un homme, votre fatigue peut être tout aussi handicapante.
L'avis de l'expert : Ces spécificités justifient souvent de passer un examen plus approfondi : la polysomnographie. Ce test complet enregistre vos activités cérébrales, cardiaques et musculaires pour ne laisser passer aucune anomalie.

En savoir plus sur le diagnostique de l'apnée du sommeil

Les conséquences : un impact plus lourd sur votre santé

L'apnée du sommeil n'est pas qu'un trouble du repos, c'est une pathologie qui affecte tout votre équilibre biologique.

Des risques de santé accrus

Les femmes atteintes de SAOS présentent plus fréquemment des maladies associées que les hommes :

  • Diabète et Asthme
  • Insomnie chronique et Dépression
  • Vulnérabilité cardiovasculaire : Ce risque augmente considérablement après la ménopause, lorsque la protection hormonale diminue.

Une qualité de vie plus impactée

Les études montrent que les femmes obtiennent des scores de bien-être inférieurs à ceux des hommes face à l'apnée. La fatigue mentale et physique est plus prononcée, pesant lourdement sur la vie professionnelle et personnelle.

Grossesse et ménopause : deux périodes de vigilance accrue

La parenthèse de la grossesse

L’apnée obstructive du sommeil concerne environ 1 FEMME SUR 20 au cours de la grossesse et nécessite une prise en charge spécifique.

La grossesse favorise la survenue de l’apnée obstructive du sommeil 

Les modifications physiologiques au cours de la grossesse favorisent la survenue du SAOS : 

  • Modifications hormonales
  • Prise de poids
  • oedèmes (gonflement) des jambes

L’apnée obstructive du sommeil est plus fréquente au cours de la grossesse chez les femmes présentant un ou plusieurs de ces facteurs :

  • Situation d’obésité avant la grossesse (Indice de Masse Corporelle supérieur ou égal à 30 kg/m2)
  • Âge supérieur à 30 ans
  • Prise de poids rapide lors du premier trimestre
  • Hypertension artérielle

Risques liés à l’apnée du sommeil au cours de la grossesse 

L’apnée obstructive du sommeil peut entraîner des complications :

  • Pour la mère : diabète gestationnel, hypertension artérielle associée ou non à la présence de protéines dans les urines (prééclampsie), augmentation du risque de césarienne et juste après l’accouchement des complications cardiaques
  • Pour l’enfant : retard de croissance intra-utérin, prématurité

Une prise en charge adaptée permet de réduire les symptômes et les risques associés. Le traitement par Pression Positive Continue (PPC) a montré un effet bénéfique sur l’amélioration de la qualité du sommeil, la diminution de la pression artérielle et la diminution du risque de prééclampsie.

La Pression Positive Continue n’est pas le seul traitement de l’apnée obstructive du sommeil. 

Quel traitement pour mon apnée ?

Être traitée par Pression Positive Continue pendant la grossesse

Entre les changements corporels liés à la grossesse et les contraintes de l’appareil, vivre une grossesse et suivre un traitement par Pression Positive Continue peut paraître difficile. Des astuces peuvent améliorer le bien-être et la tolérance au traitement durant cette période si particulière :

  • bien s’installer pour dormir :
    - dormir sur le côté, si possible le gauche pour améliorer la circulation sanguine
    - utiliser des coussins de grossesse pour trouver une position confortable avec le masque
  • en cas de reflux gastro-oesophagien, surélever l’oreiller ou la tête de lit
  • en cas de nez bouché, utiliser des sprays d’eau de mer ou des solutions salines pour libérer le nez avant de mettre le masque

Soutien psychologique et gestion des émotions 

Le stress et l’anxiété peuvent en effet rendre l’endormissement plus difficile. Des exercices de respiration profonde, de la méditation ou de la sophrologie peuvent aider à se détendre avant de dormir. 

Communiquer avec son partenaire et/ou d’autres femmes enceintes qui vivent la même situation peut être très réconfortant. Des associations de patients et des forums en ligne peuvent vous apporter conseils et soutien.

Le tournant de la ménopause

Les troubles du sommeil concernent environ 1 FEMME SUR 2 en périménopause et ménopause.

La fréquence de survenue de l’apnée obstructive du sommeil double après la ménopause par rapport à une femme non ménopausée, atteignant des taux similaires à ceux observés chez les hommes. 

La ménopause favorise la survenue de l’apnée obstructive du sommeil 

La périménopause et la ménopause se caractérisent par des modifications hormonales, et notamment la diminution de la production de la progestérone et des œstrogènes. La baisse de ces hormones favorise la survenue ou l'aggravation de l’apnée obstructive du sommeil pour deux raisons principales :

  • la diminution du tonus musculaire des voies respiratoires : Chez la femme non ménopausée, les hormones (progestérone et œstrogènes) agissent comme des stimulants du tonus musculaire des voies respiratoires, permettant de garder les voies respiratoires ouvertes. Leur diminution à la ménopause affaiblit ces muscles, ce qui favorise les apnées.
  • la prise de poids et la redistribution des graisses : La ménopause s’accompagne fréquemment d’une prise de poids, et d’une redistribution des graisses vers la partie supérieure du corps, deux facteurs qui favorisent la survenue d’une apnée obstructive du sommeil.

Les symptômes de l’apnée obstructive du sommeil chez la femme après la ménopause

Les symptômes de l'apnée du sommeil après la ménopause sont souvent atypiques, et différents de ceux d’un homme ou d’une femme non ménopausée :

  • Fatigue pendant la journée
  • Bouffées de chaleur
  • Sueurs nocturnes
  • Se lever plus d’une fois la nuit pour aller uriner
  • Difficulté à s’endormir ou réveils la nuit avec difficulté à se rendormir

Cela explique qu’ils peuvent être confondus avec d’autres signes de la ménopause ou avec de l’anxiété. Ces signes reflètent généralement une fragmentation importante du sommeil (sommeil interrompu plusieurs fois par nuit).

Les risques pour la santé de l’apnée obstructive du sommeil 

Les troubles du sommeil liés à la ménopause augmentent le risque de développer une maladie cardiovasculaire (comme l’infarctus du myocarde, l’accident vasculaire cérébral ou l’insuffisance cardiaque) ou un syndrome métabolique (caractérisé par un excès de sucres ou de graisses dans le sang). 

Les troubles du sommeil les plus souvent associés au risque cardiovasculaire sont l’apnée du sommeil et les plaintes d'insomnie persistantes. 

Les traitements de l’apnée obstructive du sommeil

Dans tous les cas, prendre soin de son hygiène de vie est particulièrement important à cette période de la vie :

  • Perdre du poids en cas de surpoids ou d’obésité
  • Augmenter son niveau d’activités physiques quotidiennes
  • Éviter les boissons alcoolisées
  • Adopter des horaires de sommeil réguliers

Le choix de mettre en place un traitement spécifique repose sur l’évaluation de la sévérité de la maladie par le médecin spécialiste du sommeil. Plusieurs traitements spécifiques existent : L’orthèse d’avancée mandibulaire, la ventilation nasale par pression positive continue (appelée aussi PPC), et, dans des cas beaucoup plus rares, une intervention chirurgicale ou la mise en place d’un stimulateur du nerf hypoglosse.

Quel traitement pour mon apnée ?

Être traitée par Pression Positive Continue après la ménopause 

Les bouleversements de la ménopause et la nécessité d’utiliser un appareil la nuit peuvent nécessiter d’adapter son mode de vie pour améliorer son bien-être et la tolérance au traitement :

  • Maintenir la chambre fraîche (ventilateur ou climatiseur)
  • Appliquer un gant de toilette humide et frais sur le masque pour procurer une sensation de fraîcheur
  • Instaurer un rituel apaisant au moment du coucher (méditation, respiration profonde) peut améliorer les difficultés d'endormissement

L’importance d’en parler. Pour mieux vivre cette maladie et le traitement, il est essentiel de ne pas rester seule, et de: 

  • Solliciter le soutien de son entourage
  • Rejoindre des groupes de patients
  • Communiquer avec le prestataire
  • Demander conseil à son médecin du sommeil ou son gynécologue

Comprendre les spécificités de l’apnée du sommeil chez la femme en 2 minutes 

L’adaptation du traitement par Pression Positive Continue (PPC) chez la femme

Il existe plusieurs options pour traiter l’apnée obstructive du sommeil (PPC, orthèse d'avancée mandibulaire, chirurgie...).  Lorsque la Pression Positive Continue est préconisée, son succès repose sur une personnalisation de l'appareillage aux besoins spécifiques de la patiente.

Le choix du traitement est une décision médicale prise en concertation avec votre médecin.

Tout savoir sur le traitement par PPC et les alternatives

Des paramètres ajustés à la physiologie féminine

L’importance du choix du masque 

La morphologie faciale est un critère déterminant dans le choix du matériel. Pour garantir l'efficacité de la thérapie, plusieurs points sont généralement évalués par les professionnels de santé 

L’optimisation de la pression délivrée

Les études montrent que les femmes présentent fréquemment un profil respiratoire différent, avec une prédominance d'hypopnées (obstructions partielles).

Conséquence thérapeutique : Ce profil permet souvent d'atteindre l'efficacité clinique avec des niveaux de pression plus modérés que chez l'homme. Une pression ajustée favorise une meilleure tolérance au traitement sur le long terme.

L'intégration du traitement au quotidien

L'adoption d'un dispositif médical nocturne représente une étape importante. Il est tout à fait habituel de traverser une phase d'adaptation concernant l'image de soi ou l'organisation du sommeil.

Le rôle de l'entourage : L'efficacité du traitement est étroitement liée à sa régularité (utilisation chaque nuit et lors des siestes). Le soutien des proches et la compréhension du bénéfice santé par l'entourage facilitent l'acceptation de l'appareillage et sa pérennisation au sein du foyer.

Impact physiologique d'un sommeil restauré sur l'organisme

Au-delà de la réduction des risques cardiovasculaires, le rétablissement d'un sommeil profond et oxygéné induit des bénéfices physiologiques visibles, agissant comme un véritable processus de récupération globale :

  • Restauration cutanée : Le sommeil profond favorise la synthèse du collagène, essentielle à l'élasticité de la peau.
  • Microcirculation : Une oxygénation constante durant la nuit participe à l'amélioration de la circulation sanguine périphérique (réduction des signes de fatigue sous les yeux).
  • Équilibre métabolique : Un cycle de sommeil respecté contribue à la régulation des hormones de l'appétit et au bon fonctionnement du métabolisme cellulaire.
💡 Conseil PratiqueSi vous rencontrez des difficultés d'adaptation ou des gênes liées à votre équipement, parlez-en à votre médecin ou à votre prestataire de santé. Des solutions de réglages ou de changements d'interfaces existent pour améliorer votre confort.
Sources

Assurance Maladie. Apnée du sommeil [Internet]. Paris : Assurance Maladie ; 2025 [cité le 20 oct 2025]. Disponible sur https://www.ameli.fr/eure/assure/sante/themes/apnee-du-sommeil/traiteme…

Balagny P. Prevalence, treatment and determinants of obstructive sleep apnoea and its symptoms in a population-based French cohort. ERJ Open Res 2023. https://doi.org/10.1183/23120541.00053-2023

Bironneau V. Le syndrome d’apnées hypopnées obstructives de la femme enceinte. Revue des Maladies Respiratoires 2024. https://doi.org/10.1016/j.rmr.2024.10.001 

Bouloukaki I. Evaluation of Obstructive sleep apnea in female patients in primary care: time for improvement? Med Princ Pract 2021. https://doi.org/10.1159/000518932

Chervin RD. The Face of sleepiness: improvement in appearance after treatment of sleep apnea. Journal of Clinical Sleep Medicine 2013. https://doi.org/10.5664/jcsm.2976

Dunietz GL. Obstructive sleep apnea in women: Associations with reproductive aging and screening challenges. Chest 2025. https://doi.org/10.1016/j.chest.2025.08.001

Gentina T. Marital quality, partner's engagement and continuous positive airway pressure adherence in obstructive sleep apnea. Sleep Medicine 2019. https://doi.org/10.1016/j.sleep.2018.12.009

Grote L. The Swedish sleep apnea registry (SESAR) cohort – “Real world data” on a national level. Sleep Medicine 2024. https://doi.org/10.1016/j.sleep.2024.09.039

Inserm. Syndrome d’apnées du sommeil [Internet]. Paris : Institut national de la santé et de la recherche médicale ; 2024 [mis à jour le 7 mars 2024 ; cité le 20 oct 2025]. Disponible sur : https://www.inserm.fr/dossier/apnee-sommeil/

Liu L. The prevalence of obstructive sleep apnea and its association with pregnancy-related health outcomes: a systematic review and meta-analysis. Sleep Breath 2019. https://doi.org/10.1007/s11325-018-1714-7

Open LPP : base complète sur les dépenses de dispositifs médicaux inscrits à la liste des produits et prestations (LPP) -  2024. https://www.assurance-maladie.ameli.fr/etudes-et-donnees/open-lpp-base-…

Netzer NC.  Using the Berlin Questionnaire to identify patients at risk for the sleep apnea syndrome. Ann Intern Med 1999. https://doi.org/10.7326/0003-4819-131-7-199910050-00002

Rieder W. Apnées du sommeil et grossesse. Rev Med Suisse 2016. https://doi.org/10.53738/REVMED.2016.12.536.1816

Schwarz EI. Sex differences in sleep and sleep-disordered breathing. Curr Opin Pulm Med 2024. https://doi.org/10.1097/MCP.0000000000001116

Vidal C. Mask side‑effects are related to gender in long‑term CPAP: results from the InterfaceVent real‑life study. Respiratory Research 2024. https://doi.org/10.1186/s12931-024-02965-1