Newsletter Orkyn' | Novembre 2025

Infections respiratoires virales chez les patients avec hémopathies malignes ou ayant reçu une allogreffe de cellules souches hématopoïétiques : recommandations de l’ECIL

Par Dr Claire Aguilar

Community-acquired respiratory virus infections in patients with haematological malignancies or undergoing haematopoietic cell transplantation: updated recommendations from the 10th European Conference on Infections in Leukaemia 

Marie von Lilienfeld-Toal, Fareed Khawaja, Francesca Compagno, Christine Robin, José-Luis Piñana, Simone Cesaro, Hermann Einsele, Per Ljungman, David Navarro, Michael Boeckh, Roy F Chemaly*, Hans H Hirsch* Lancet Infectious Diseases, Août 2025

⚠️ Attention ⚠️
Toutes les recommandations et leur gradation ne sont pas reprises de façon exhaustive dans ce résumé, qui a pour but de souligner les points principaux de l’article. D’autre part, certaines des recommandations émises par l’ECIL (European Conference on Infections in Leukemia), notamment les recommandations d’experts, sont applicables de façon variable en fonction des pays.

Les infections respiratoires communautaires virales sont une cause significative de morbidité et de mortalité dans la population générale. Les conséquences de ces infections chez les patients atteints d’hémopathie maligne ou ayant reçu une greffe de cellules souches hématopoïétiques (CSH)  peuvent être majeures, pour plusieurs raisons. 

Tout d’abord, l’atteinte des voies respiratoires inférieures est plus fréquente, du fait du déficit immunitaire associé à l’hémopathie et/ou aux traitements. 

De plus, l’altération du tractus respiratoire par le virus augmente le risque d’infection bactérienne ou fongique. Le diagnostic de co-infections peut être difficile, et dans certaines circonstances l’atteinte pulmonaire associée à une infection virale respiratoire peut poser des problèmes de diagnostic différentiel avec d’autres infections, mais également avec d’autres pathologies pulmonaires non infectieuses (réaction du greffon contre l’hôte par exemple chez les patients allogreffés, ou atteinte spécifique lié à l’hémopathie sous-jacente au cours des leucémies aigues notamment). 

Il faut noter que chez les patients avec hémopathie maligne, et notamment en cas de déficit immunitaire humoral important, l’excrétion virale peut être particulièrement prolongée, souvent plus d’un 1 à 2 mois. 

Enfin, le diagnostic d’une infection respiratoire virale peut conduire à différer les traitements hématologiques, ce qui peut à terme avoir un impact sur le pronostic global du patient.

L’ECIL, groupe de travail européen multidisciplinaire sur les risques infectieux chez les patients atteints d’hémopathie malignes, a émis des recommandations sur la prise en charge des virus respiratoires (hors SARS-Cov2) chez les patients avec hémopathie maligne ou greffe de cellules souches hématopoïétiques. 

Une question qui se pose fréquemment en pratique est celle de la nécessité ou non de différer le traitement hématologique en cas de diagnostic d’infection virale respiratoire. Il s’agit le plus souvent d’une évaluation au cas par cas, prenant en compte le risque d’aggravation de l’infection, mais aussi le risque potentiel à différer le traitement, pouvant avoir un impact sur le pronostic hématologique. Ces recommandations intègrent le fait que certaines infections virales (grippe, infection à VRS, metapneumovirus et virus parainfluenzae) sont plus à risque d’évoluer vers une atteinte des voies respiratoires inférieures que d’autres (rhinovirus, coronavirus non SARS-Cov2). De plus, certains traitements sont plus susceptibles d'influer sur l'évolution de la pathologie infectieuse, notamment les procédures de greffe, mais également les traitements induisant un déficit immunitaire humoral prolongé tels que les CAR-T cells ou les anticorps bispécifiques. 

Sur la prise en charge thérapeutique en cas d’infection virale, les points soulignés par les recommandations sont :

  • L’utilisation systématiques des anti-viraux en cas de grippe, en utilisant en première intention l’Oseltamivir 75mgx2/j pendant 5 à 10 jours, ou jusqu’à une amélioration clinique significative. Le traitement doit être le plus précoce possible. En cas d’évolution défavorable, les options thérapeutiques incluent les fortes doses d’Oseltamivir, ou l’utilisation d’autres anti-viraux (baloxavir marboxil- non disponible en France- ou zanamivir) mais les données sont peu nombreuses dans cette population.
  • La possible utilisation de la ribavirine, per os le plus souvent, pour traiter les infections respiratoires virales à risque d’évolution vers une atteinte des voies respiratoires inférieures. La situation pour laquelle il y a le plus de données pour l’utilisation de la ribavirine est l’infection VRS, même si l’activité antivirale reste modeste. La ribavirine doit être considérée chez les patients avec atteinte des voies respiratoires inférieures ou avec atteinte des voies respiratoires supérieures et facteurs de risque d’évolution vers la pneumonie virale (chez les patients allogreffés, des scores ont été établis). Au cours des infections par metapneumovirus ou virus parainfluenzae, la ribavirine est parfois utilisée, mais le niveau de preuve est très faible.
  • D’autres anti-viraux sont en cours de développement. 
  • La supplémentation en immunoglobulines polyvalentes en cas d’hypogammaglobulinémie, voire en l’absence d’hypogammaglobulinémie en cas d’infection VRS chez des patients avec forme sévère ou à haut risque de forme sévère.

Les mesures de prévention sont très importantes dans ce contexte, et incluent :

  • Les précautions standard en situation épidémique pour limiter l’exposition
  • La vaccination de l’entourage contre la grippe 
    La vaccination annuelle contre la grippe des patients atteints d’hémopathies malignes. Après allogreffe, la vaccination est recommandée en début de saison épidémique, dès 3 mois après la transplantation (même si l’immunogénicité du vaccin est moindre qu’à 6 mois post transplantation). Chez ces patients, les données d’immunogénicité sont en faveur de l’utilisation de vaccins haute-dose trivalent. Une deuxième dose peut être administrée pour couvrir la fin de période épidémique.
  • Le traitement post exposition par Oseltamivir en cas de contact avec une personne atteinte de grippe.

Le vaccin VRS n’a pas encore été évalué chez les patients atteints d’hémopathie maligne et receveurs de CSH, pourtant très à risque d’infection sévère. Des recommandations ne peuvent pour l’instant pas être émises, mais le vaccin peut être proposé sur avis d’expert. 

Les anticorps monoclonaux anti VRS utilisés dans la population générale pour les enfants de moins de 2 ans (le palivizumab et le nirsevimab-ce dernier ayant une très longue demi-vie) n’ont pas été évalués chez les patients atteints d’hémopathie maligne et receveurs de CSH, et ne peuvent faire l’objet de recommandations, bien qu’ils aient un potentiel bénéfice. Certains experts recommandent le palivizumab en cas d’épidémie intra hospitalière en prophylaxie post-exposition.

Du fait de l’impact de ces infections, des études spécifiques sont nécessaires, notamment pour évaluer les stratégies d’immunisation active et passive dans cette population.