Newsletter Orkyn' N°13

Infection grave par le virus de la grippe aviaire H5N1 : rechercher des autoanticorps neutralisant les Interférons de type I

Par Pr Louis Jean Couderc

Autoantibodies neutralizing type I IFNs in a fatal case of H5N1avian influenza
Zhang Q. et al.  J. Exp. Med. 2026 ; 223 :3 e20251962. doi.org/10.1084/jem.20251962

Les virus aviaires tel le virus H5N1 sont redoutables car en infectant les volailles il peut aussi se transmettre aux humains, et être responsable d’une pandémie grippale. Sa présence dans du bétail a été tenue comme responsable des cas chez des travailleurs de laiteries. Chez les humains, la fréquence des formes graves de cette grippe semble faible, des travaux récents étant en faveur d’une prédominance d’infections pauci ou asymptomatiques.

Les mécanismes de défense contre les virus grippaux aviaires sont multiples grâce à l’immunité adaptative croisée avec les virus de la grippe saisonnière, et l’immunité innée ou intrinsèque. 

La mise en évidence d’un déficit immunitaire primitif portant sur l’IFN de type I (I-IFN) chez des sujets ayant une infection grippale grave a conduit à rechercher si des autoanticorps neutralisant les I-IFN étaient associés aux formes graves de diverses infections virales. Ces autoanticorps ont été retrouvés dans les sérums de malades ayant des formes graves de 5% des grippes saisonnières, 10% des encéphalites à tiques, 15% des pneumonies sévères du COVID-19, 20% des infections à MERS, 30% des complications du vaccin contre la fièvre jaune, 40% des encéphalites de la fièvre de la vallée du Nil. Cette fréquence élevée contraste avec leur faible prévalence d’environ 0,5% dans la population générale âgée de moins de 70 ans mais elle atteint près de 5% chez les sujets plus âgés. Le pouvoir neutralisant de ces autoanticorps dirigés contre les IFN-α et IFN-ω chez les sujets ayant une forme grave d’infection virale est 100 à 500 fois plus élevé que celui observé chez les sujets ayant des manifestations bénignes ou demeurant asymptomatiques. 

Les auteurs rapportent le cas d’un sujet de 71 ans, sans antécédent infectieux notable ni de maladie auto-immune, développant une pneumonie sévère 8 jours après les symptômes grippaux initiaux. Il n’avait pas été vacciné contre la grippe saisonnière ni le COVID-19. Le malade avait été au contact de poulets et canards qui étaient décédés la semaine précédente. Après la détection du H5N1 dans ses prélèvements respiratoires, il a été traité par des antiviraux, oseltamivir et baloxavir. Malgré la mise en place d’une ventilation mécanique, puis d’une ECMO, et la réalisation de séances de dialyse et d’échanges plasmatiques, l’évolution a été défavorable et le malade est décédé au bout d’un mois. 

L’analyse initiale du sérum du malade, réalisée avant dialyse et échange plasmatique, a mis en évidence des titres élevés d’IgG anti IFN-α, des taux intermédiaires d’IgG anti-IFN-ω, et une absence d’IgG anti-IFN-ß. Son sérum avait une activité neutralisante anti-IFN-α et anti-IFN-ω mais pas anti-IFN-ß. 

La répétition des analyses 18h, 2 et 3 jours après les échanges plasmatiques ont montré la persistance des anticorps anti-IFN-α mais à des titres moindres.

En présence du sérum du malade l’IFN-α n’arrivait pas à inhiber la réplication des virus grippaux sur des lignées cellulaires, indiquant que ces anticorps anti-IFN bloquaient la fonction antivirale de l’IFN-α.

Par ailleurs, le malade était séropositif vis-à-vis du virus H3N2, indiquant qu’il avait réussi à contrôler cette infection bien que n’ayant pas été vacciné.

En pratique, ce malade ayant des autoanticorps anti-IFN-α et IFN-ω sans anticorps anti-IFN-ß, il est suggéré par les auteurs l’utilité possible de l’IFN-ß administré précocement en association aux antiviraux.

Un autre élément important est l’existence d’une mutation dominante négative dans le gène IFN-AR1 codant pour le récepteur de l’I-IFN ayant une fréquence assez élevée en Chine du Sud (0,6% -2%), mutation qui entrave la réponse antivirale des IFN-α et -ω mais pas de l’IFN- ß, similairement à ce qui a été observé chez le malade étudié par les auteurs.

La présence simultanée de cette mutation et d’autoanticorps anti-I IFN pourrait conduire à une majoration de la réplication virale pouvant faire redouter une plus grande transmission interhumaine avec un risque de pandémie dans cette région.

Ce travail souligne l’importance de rechercher des anticorps anti-cytokines chez tout malade ayant une infection grippale inhabituelle par sa sévérité.

Conflit d’intérêts 
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