Newsletter Orkyn' N°12
Identification de biomarqueurs afin de diagnostiquer un déficit immunitaire primitif au sein d’une cohorte prospective de patients avec une cytopénie auto-immune
Gaàl Z et al. Pediatric Blood & Cancer, 2026; 73:e70074
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41560547/
https://doi.org/10.1002/1545-5017.70074
Par Dr Nizar Mahlaoui
Les déficits immunitaires héréditaires (aussi appelés primitifs ou encore « erreurs innées de l’immunité ») sont associés à un risque de manifestations auto-immunes, au premier rang desquels les cytopénies auto-immunes.
Un travail épidémiologique mené par le CEREDIH publié en 2017 a quantifié le risque relatif de cette complication à 830 [1]. Et un travail mené par le registre de la Société Européenne des Déficits Immunitaires (ESID) et publié en 2021 a bien démontré que les manifestations auto-immunes pouvaient être l’élément pathologique isolé conduisant au diagnostic de DIP [2].
En pratique quotidienne, l’enjeu est d’identifier les patients avec un DIP parmi ceux qui présentent une cytopénie auto-immune.
Les auteurs de ce travail ont constitué une cohorte prospective de 104 patients avec cytopénie auto-immune suivis en Floride, USA et chez qui des analyses clinico-biologiques classiques (dosage pondéral des isotypes d’immunoglobulines et des sérologies vaccinales et sous-populations lymphocytaires basiques) et avancées (biomarqueurs sériques tels que le LPS, le sIL2R et le BAFF, sous-populations lymphocytaires comprenant les cellules B activées naïves ; B matures, B de la zone marginale, B mémoire switchées, plasmocytes et B transitionnels, les B CD19high-CD21low, CD4 naïfs, T Folliculaires Helper (TFH), T régulateurs T (Treg),et les vrai T doubles négatifs (TCRαβ+CD4−CD8)) ainsi que du séquençage de nouvelle génération.
La moitié (51 %) des patients avaient un DIP, la fréquence d’un DIP était plus élevée chez les patients présentant une anémie hémolytique auto-immune (62,5 %) ou un syndrome d’Evans (association AHAI et PTI, (61,5 %) que chez ceux ayant une thrombopénie ou une neutropénie auto-immune.
Une cause génétique sous-jacente a été retrouvée chez 51 % des patients avec des variants de causalité formelle, probable ou possible chez 21,2 %, 10,6 % et 11,5 % des patients analysés.
Les causes génétiques les plus fréquentes étaient par ordre décroissant : NFkB1, délétion 22q11.2 (DiGeorge partiel), CTLA4 et FAS.
Les biomarqueurs associés à un DIP étaient : une hypo-IgG, hypo-IgA et hypo-IgM, une diminution de la proportion des CD4 et CD8 naïfs. Chez les patients DIP, une expansion des B transitionnels, des B CD19high-CD21low et des TFH ainsi qu’une élévation des taux sériques de BAFF et de la forme soluble du récepteur de l’IL2 (sIL2R) pointant vers des déficits immunitaires combinés T et B avec dysrégulation immunitaire.
Réaliser une recherche génétique peut permettre de proposer une thérapeutique ciblée (par ex. : abatacept en cas de mutation dans le gène codant pour CTLA4). Les auteurs soulignent qu’ils n’ont pas mesuré cet aspect dans leur cohorte et que c’est une des limitations de leur étude.
Références bibliographiques
[1]. Fischer A, Provot J, Jais JP, Alcais A, Mahlaoui N; members of the CEREDIH French PID study group. Autoimmune and inflammatory manifestations occur frequently in patients with primary immunodeficiencies. J Allergy Clin Immunol. 2017 Nov;140(5):1388-1393.e8. doi: 10.1016/j.jaci.2016.12.978. Epub 2017 Feb 10. PMID: 28192146.
[2]. Thalhammer J, Kindle G, Nieters A, Rusch S, Seppänen MRJ, Fischer A, Grimbacher B, Edgar D, Buckland M, Mahlaoui N, Ehl S; European Society for Immunodeficiencies Registry Working Party. Initial presenting manifestations in 16,486 patients with inborn errors of immunity include infections and noninfectious manifestations. J Allergy Clin Immunol. 2021 Nov;148(5):1332-1341.e5. doi: 10.1016/j.jaci.2021.04.015. Epub 2021 Apr 23. PMID: 33895260.
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