Newsletter Orkyn' N°12
Peut-on diminuer de manière sûre la posologie des immunoglobulines administrées à des sujets atteints de déficit immunitaire primitif humoral en cas de pénurie ?
INFECTIOUS OUTCOMES OF A STANDARDIZED SUBCUTANEOUS IMMUNOGLOBULIN DOSE REDUCTION STRATEGY IN PRIMARY IMMUNE DEFICIENCIES AMID GLOBAL SHORTAGE
Moral P.M. et al. Front. Immunol. 15 : 1527514. doi :10.3389/fimmu.2024.1527514
La question posée est d’estimer si une diminution standardisée de la dose d’immunoglobulines administrées en sous/cutané (IgSC) aux malades adultes ayant un déficit immunitaire primitif humoral peut être envisagée lors des périodes de pénurie en immunoglobulines humaines polyvalentes ?
L’équipe de Valence en Espagne a mis en place cette démarche lors de la pandémie de COVID en 2021 qui avait entrainé une pénurie en IgG.
Les 31 malades concernés étaient âgés de plus de 18 ans, atteints de DIP humoraux (DICV 17, déficit en sous-classes d’IgG 3, divers 11). Ils recevaient un traitement substitutif depuis au moins 6 mois, sans avoir présenté d’infection notable (définies comme nécessitant une hospitalisation ou au moins 3 cures d’antibiotiques). Ils étaient traités selon les recommandations usuelles avec pour but une absence d’infection et une concentration sérique cible IgG de 7g/L (ou 9g/L en cas de bronchectasies, entéropathie, GLILD, et/ou traitements immunosuppresseurs). Leur âge moyen était de 47,5 ans. Les comorbidités étaient nombreuses : bronchectasies 12(38%), entéropathie 6(19%), cytopénie 6 (19%) ; maladie systémique auto-immune 7(22%), hémopathie 3, tumeur solide 2. Un traitement immunosuppresseur était administré à 7 malades (corticoïdes 5, tacrolimus 1, rituximab 1). Neuf malades recevaient une antibioprophylaxie au long cours.
La dose de IgSC administrée a été réduite de manière standardisée :15/mg/kg/semaine (60 mg/kg/mois) pour chaque 1,50g/L au-dessus de 7g/L (ou 9/g/L pour ceux qui nécessitaient une concentration plus élevée).
Avant adaptation, la dose moyenne administrée était de 7,82 g/ semaine. La réduction moyenne a été de 2,10g/semaine. La dose moyenne administrée au 6ème mois était de 5,72 g/semaine. Au 12ème mois, elle était de 6,94 g/semaine car 4 malades ont nécessité une augmentation de leur dose (un greffé rénal pour une infection à BK virus, un asthmatique pour une pneumonie, un malade avec un myélome pour 2 épisodes infectieux mineurs, ainsi qu’un autre malade pour deux infections mineures).
Durant les 6 mois avant ajustement des doses, aucune infection majeure n’était survenue ; durant les 6 premiers mois après ajustement 2 cas sont survenus et un autre épisode chez le même malade entre le 6ème et le 12ème mois post -ajustement. Toutes les infections étaient une pneumonie communautaire ; aucune autre infection grave n’a été à déplorer. La dose a été réaugmentée chez ce malade assez particulier car il avait reçu une autogreffe de cellules souches hématopoïétiques. Statistiquement, la fréquence des infections sévères n’était pas différente entre les diverses périodes (avant ajustement, 6ème et 12ème mois post-ajustement). La fréquence des infections peu graves n’était pas non plus significativement différente entre les périodes avant et après ajustement des doses (p=0,109).
La baisse moyenne de concentration sérique des IgG a été de 16,7% au 6ème mois, et de 13,7% entre le 6è et le 12è mois. La baisse moyenne des IgSC administrées a été de 2,09g/ semaine, soit environ 100 g /an/malade soit pour la cohorte une économie d’environ 3100 g.
Ces résultats doivent être interprétés avec prudence du fait du caractère rétrospectif de l’étude, la petite taille de l’effectif, l’absence de groupe contrôle, et que seules les IgSC ont été analysées. Néanmoins ce travail est intéressant car peu d’étude ont analysé cette démarche. Il fournit une base pour adapter la conduite à tenir en cas de survenue d’une pénurie en immunoglobulines humaines polyvalentes pour les malades ayant un déficit immunitaire primitif humoral.
Conflits d’intérêt :
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