Newsletter Orkyn' N°10

TOUS LES GRANULOMES NE SE RESSEMBLENT PAS !

Par Pr Couderc

Granulomas in Common Variable Immunodeficiency Display Different. Histopathological Features Compared to Other Granulomatous Diseases.

Van Stigt A.C. et al. J Clin Immunol 2025 : 45 :22 doi.org/10.1007/s10875-024-
01817-3

Des granulomes sont fréquemment observés à l’analyse histologique de multiples organes atteints par des pathologies très différentes : infections et notamment tuberculose, sarcoidose, réaction à corps étranger, erreurs innées de l’immunité dont notamment le Déficit Immunitaire Commun Variable (DICV). Cette diversité des pathologies responsables de granulomes a conduit les équipes de l’Hôpital Erasmus de Rotterdam (Pays-Bas) à s’interroger sur l’existence d’éventuelles  spécifités des granulomes observés lors du DICV par comparaison avec ceux observés dans les 3 autres groupes ci-dessus de malades.

L’analyse histologique a été réalisée rétrospectivement sur 6 biopsies dans chacun des 4 groupes de malades : DICV (ganglion : 4, peau : 2), sarcoidose (ganglion : 6), tuberculose (intestin :3, plèvre : 1, peau : 1, ganglion : 1), et réaction granulomateuse à corps étranger (peau : 5, ganglion : 1).

Deux éléments sont à noter 1°) l’analyse a porté sur des prélèvements conservés simplement en paraffine ; 2°) l’absence de biopsie pulmonaire dans le groupe DICV.

Histologiquement les granulomes du DICV se distinguent par plusieurs aspects :
1°) le principal est leur petite taille comparativement à celle des granulomes des 3 autres groupes, une taille inférieure à 191µm étant très évocatrice ;
2°) ils sont rarement isolés mais regroupés en cluster avec des zones de confluence ;
3°) leurs limites sont peu précises ;
4°) ils expriment moins de lésion de fibrose ;
5°) ils contiennent peu de cellules géantes.

L’analyse immuno-histologique montre deux différences importantes :
1°) la composition de l’infiltrat lymphocytaire des biopsies de DICV est constituée majoritairement de cellules CD3+ CD4+ réparties de manière homogène entre les granulomes comme à distance, alors qu’il est constitué surtout de cellules CD3+ CD8+ prédominant autour des granulomes dans les prélèvements de sarcoidose et tuberculose.
2°)  les cellules CD20+ sont très nombreuses dans les biopsies de DICV, sans prédominance péri-granulomateuse à l’inverse de ce qui est constaté dans les 3 autres groupes de malades.

Une autre différence entre les biopsies de patients DICV et celles provenant des 3 autres groupes réside dans l’abondance au sein et autour des granulomes de DICV de cellules CD163+ et MPO+, suggérant que des macrophages M2-like et des neutrophiles contribuent à la pathogénie des granulomes du DICV.

Par contre, fibronectine et cytokératine exprimées par les cellules épithéliales et l’actine exprimée principalement par les myofibroblastes sont moins visibles dans les biopsies DICV que dans celles des autres groupes, ce qui est en accord avec la plus faible expression de la fibrose observée histologiquement dans les granulomes du groupe DICV.

Cette étude est donc intéressante pour trois raisons :

  • diagnostique : elle souligne la nécessité d’une analyse histologique précise de tout granulome, pouvant orienter vers son étiologie, une petite taille suggérant un granulome associé à un DICV.
  • thérapeutique : elle peut suggérer de moduler les traitements des granulomes DICV selon l’aspect histologique : corticostéroïdes si infiltration neutrophilique importante, rituximab en cas d’augmentation importante des lymphocytes B. Ces suggestions sont à rapprocher de celles d’un travail français récent (Viallard JF et al, Virchows Arch 2024, 484 :481-90) qui a mis en évidence une expression importante de STAT1 et STAT3 dans les granulomes des malades ayant une sarcoidose ou granulomatose associée à un DICV, suggérant l’efficacité d’inhibiteurs des Janus Kinases comme ceci a été rapporté dans quelques cas de sarcoidose.
  • organisationnel : elle conforte l’importance d’une coopération multidisciplinaire, entre cliniciens et pathologistes, pour la prise en charge des malades.

Ce travail a néanmoins un point faible : l’absence d’analyse de  tissu hépatique ou pulmonaire, le foie et les poumons étant des organes fréquemment impliqués dans la granulomatose DICV.