Newsletter Orkyn' N°10

Comme chez les adultes, les "Calculated Globulins" peuvent être utiles dans le dépistage de l'hypogammaglobulinémie chez les enfants et les adolescents

Par Dr Mahlaoui

« Calculated globulin can be used as a screening test for antibody deficiency in children and adolescents ». 

Cristina Frias Sartorelli de Toledo Piza et al. Front Immunol. 2024 Oct 23:15:1495564. https://doi.org/10.3389/fimmu.2024.1495564

Les déficits immunitaires (DI) primitifs (DIP) ou héréditaires (DIH) sont des maladies rares exposant les patients à un risque accru de manifestations infectieuses et non-infectieuses (allergies, auto-immunité, inflammation, lymphoprolifération, cancers). Les DI secondaires comme les DIH peuvent s’accompagner d’hypogammaglobulinémie.Pour un certain nombre de patients, le délai diagnostique reste long (souvent de plusieurs années voire décennies), ce qui induit le développement de complications évitables (par ex : dilatation des bronches, rhinosinusite chronique…) et même de surmortalité. Le dosage pondéral des immunoglobulines G, A et M est le test de référence pour identifier une hypogammaglobulinémie (mais il est souvent fait dans le cadre d’une suspicion déjà présente de déficit immunitaire). Or, pour un certain nombre de patients chez qui il faudrait les doser, les cliniciens n’y pensent pas nécessairement.

Pour essayer de lutter contre cela, le paramètre appelé ‘Calculated Globulins’ (CG, correspondant à la différence entre la protidémie totale et l’albuminémie) a été développé chez les adultes comme moyen de dépister une hypogammaglobulinémie chez ceux qui avaient un bilan sanguin pour autre chose que la recherche d’une hypogammaglobulinémie, et a été démontré comme étant bien corrélé avec le dosage plasmatique des IgG. Cependant, ce paramètre n’a pas encore été étudié de manière extensive en pédiatrie.

Les auteurs brésiliens (Sao Paulo) ont inclus 1084 enfants et adolescents (âge moyen : 6 ans), divisés en 4 groupes d’âge (0 -1 an, 1-4 ans, 4-10 ans et 10-18 ans). Le taux moyen d’IgG était de 9,4 (± 4,7) g/L. Le taux de CG était de 23,7 (± 5,9) g/L. Les diagnostics les plus fréquents étaient les allergies respiratoires et les DIH.

Les auteurs ont identifié des variations en fonction des tranches d’âge (comme souvent en pédiatrie) : les valeurs limites pour une hypogammaglobulinémie variaient de 13,8 g/L chez les 0-1 an à 23,1 g/L chez les 10-18 ans. La sensibilité des CG variait de 71 % chez les 1-4 ans à 96 % chez les 4-10 ans. La spécificité variait de 88 % chez les 4-10 ans à 100 % chez les 10-18 ans.

Il est à noter que les patients ont été recrutés dans une unité d’allergologie/immunologie et avaient souvent une anamnèse marquée par des infections répétées. Ainsi, ces résultats pourraient différer dans un autre contexte. Par ailleurs, les techniques biochimiques utilisées peuvent influencer les performances du test. Il faut également garder en mémoire que certaines pathologies peuvent modifier les valeurs de l’albuminémie (syndrome néphrotique, insuffisance hépatique…) ainsi que les valeurs des α and β globulines (hyperliprotéinémie, métastases malignes, anémie par carence martiale). Dans des pathologies infectieuses ou inflammatoires, ces paramètres peuvent augmenter de manière importante et augmenter la fraction CG, pouvant conduire à des faux négatifs. Des études complémentaires pourraient permettre d’affiner les valeurs seuil de CG. Par ailleurs, comme vu dans la précédente newsletter, des patients avec un déficit immunitaire peuvent avoir un taux normal d’IgG ou de gammagammaglobulines mais rencontrer des difficultés à monter une réponse immunitaire en réponse à des pathogènes (comme dans le Déficit Sélectif en réponse aux Antigènes Polysaccharidiques, SPAD). Ce type de patients ne sera probablement pas détecté par cette méthode de screening (comme il ne sera pas non plus détecté par le dosage des IgG). Comme mentionné dans le PNDS du CEREDIH (Centre de référence national pour les enfants et les adultes atteints de DIH), devant un terrain très fortement suspect de DI (primitif ou secondaire), il faut réaliser le dosage pondéral des IgG, IgA et IgM et les autres tests de première et seconde intention. Le cas échéant, il conviendra de poursuivre les explorations étiologiques, notamment rechercher une cause génétique qui permettra de mieux prendre en charge les patients. Il y a plusieurs référents pédiatres et médecins d’adultes dans chaque CHU (coordonnées sur www.ceredih.fr).